Yvette Théraulaz

VERA BAXTER  de Marguerite Duras

mai 1983  VERA BAXTER de Marguerite Duras

Mise en scène Martine Paschoud

L'histoire d'une femme «atteinte de fidélité», par une femme atteinte de sensibilité: Marguerite Duras, romancière, dramaturge, cinéaste. Lausanne lui consacre un important hommage.

Fini de rire! Le dernier bulletin d'information du Centre dramatique de Lausanne annonce clairement la couleur: après les pétulantes cascades des «Trois Mousquetaires» et les bons mots graveleux du «Prix des Anes», place à un théâtre enfin grave et difficile. Pas expérimental, mais plus confidentiel. En attendant «Trahisons» de Pinter, c'est en effet une pièce de Marguerite Duras, «Véra Baxter », que Martine Paschoud a choisi de mettre en scène au Théâtre de Vidy.

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Marguerite Duras? Née en 1914 à Gia Dinh (Vietnam), cette grande dame des lettres françaises est l'auteur d'une œuvre abondante, à la fois romanesque, théâtrale et cinématographique. Œuvre difficilement classable. Ni nouveau roman, ni bonne vieille fiction. Originale, sans aucun doute. Ennuyeuse pour certains - «il n'y a pas d'histoire», «on ne comprend pas ce qui se passe» - prodigieuse de finesse et de sensibilité pour d'autres, elle ne laisse personne indifférent. Des parentés avec Samuel Beckett: goût de l'ellipse et du silence, précision intransigeante, tendance à l'épure. Mais Duras et Beckett ne parlent pas des mêmes choses. Détail: Marguerite Duras ne finira pas ses jours en académicienne potiche, comme son homoprénonyme Marguerite Yourcenar. Elle est en marge, en dehors, et depuis toujours. Ce qui ne l'empêche pas d'être, à près de 70 ans, un «auteur qui monte», objet d'un véritable culte de la part d'une certaine intelligentsia.

Yvette Théraulaz, qui incarne Véra Baxter, ne connaissait de Marguerite Duras que le film «India Song» avant d'aborder ce rôle. «Pendant le premier mois de répétitions, dit-elle, je n'ai volontairement rien lu, ni vu, de Duras. Je voulais être neuve, éviter d'avoir un «ton Duras» stéréotypé. Ensuite, quand je me suis sentie bien dans mon rôle, je l'ai lue, j'ai vu quelques films. C'était un immense plaisir de la découvrir.»
Pour l'interprète Yvette Théraulaz, comme pour le metteur en scène Martine Paschoud, l'œuvre de Marguerite Duras est importante parce qu'elle exprime le féminin comme personne d'autre n'a su le faire. «Elle n'est pas féministe au sens classique, précise Martine Paschoud. Il n'y a pas de posture militante, de mots d'ordre, de revendications. Mais ce qu'elle dit de la femme, la manière dont elle le dit, me semble très important. Cette mise, en scène traduit une rencontre, un moment de ma propre histoire.»

Décor: une villa luxueuse au bord de l'Atlantique. Parquets cirés, colonnes de marbre, canapé blanc. Une lumière douce filtre des volets clos, une lumière dure, blanche, cadre l'espace de la terrasse: un dehors menaçant. De temps à autre, des lambeaux de musique dérivent à travers la pièce, reflets de quelque fête dans une villa voisine.
Dans cet espace à la beauté funèbre, des corps: trois hommes et deux femmes pour dire, par petites touches, par dévoilements successifs, l'histoire d'une femme «atteinte de fidélité». Longue dame brune en longue robe noire, un châle noir sur les épaules, Yvette Théraulaz est superbe d'émotion et de vérité dans le rôle de cette épouse et mère de famille très banale, qui vit sa passion de fidélité «comme d'autres le crime, dit Marguerite Duras, et qui se sait jugée comme traître à une liberté théorique et régnante, par ce fascisme innocent d'une nouvelle morale libératrice».

Pendant dix-sept ans, Véra Baxter a vécu dans l'ombre de Jean Baxter. Un homme d'argent, un promoteur, plusieurs fois ruiné, mais s'en sortant toujours par quelque combine. Jongleur et jouisseur, il joue surtout avec les femmes, les aime, les quitte. Ce perpétuel absent - dans la pièce, on ne le voit pas, il n'est qu'une voix au téléphone – a su se garder sa Pénélope grâce à l'universel cordon ombilical que constitue le carnet de chèques. Du Mexique ou des Baléares, l'argent venait toujours, pour entretenir l'inamovible vestale et sa progéniture, prolonger le couple.
Un jour, pourtant, Jean Baxter est allé trop loin: il a vendu sa femme - très cher - à un copain de poker. Cette prostitution, qui reste dans la logique de la fidélité au mâle dominant, pourquoi l'a-t-il voulue? «On ne sait pas, répond Martine Paschoud. Peut-être pour essayer de la retrouver à travers le désir d'un autre, pour ressusciter un état de passion qui ne peut plus exister dans la quotidienneté.»

Cet écart de commande provoque sur Véra Baxter un effet inattendu: il casse son amour, provoque une fissure. Elle rencontre un autre homme mais, cette fois, c'est elle qui l'a décidé. Elle découvre ainsi quelque chose qui la perturbe, qui est peut-être la vérité - Véra - de son propre désir autonome. «Lorsqu'elle quitte la villa à la fin de la pièce, continue Martine Paschoud, on ne sait pas ce qui va lui arriver. Mais peut-être va-t-elle enfin devenir le sujet de son histoire, et non plus l'objet de l'histoire de l'autre.»

Ainsi résumé, le canevas paraît simple. Il pourrait faire l'objet d'une pièce féministe à thèse - la juste émancipation d'une bourgeoise prenant enfin conscience de l'exploitation phallocratique dont elle est victime - oud'une comédie boulevardière à bons mots cuisseux. «Véra Baxter» est pourtant tout autre chose. A cause d'une écriture faite de phrases apparemment anodines, mais qui renvoient à une complexité du réel, à un frémissement des êtres dont on voit rarement l'équivalent. «C'est une écriture très musicale, très précise, qu'on ne peut pas banaliser, dit Yvette Théraulaz. Difficile à jouer. D'autant plus que beaucoup de choses passent à travers des silences, des non-dits. Ce qu'on voit et entend, c'est la pointe de l'iceberg. L'essentiel des personnages est en dessous. »

A mesure que s'estompe le jour, Véra Baxter, cette femme si douce, se fait plus présente et charnelle. A travers sa souffrance - on laisse entendre qu'elle s'est enfermée dans cette villa pour se tuer - puis son désarroi - «Je ne sais plus vouloir», dit-elle - s'affirme comme un courage tranquille. Une vérité fragile, humaine. Cet «espace de sensibilité» dont Martine Paschoud pense qu'il est l'essentiel de l'œuvre de Marguerite Duras. Le public suivra-t-il? «C'est une pièce sur l'amour, sur le couple, où l'on doute beaucoup, confie Yvette Théraulaz. Je crois qu'elle est tout à fait d'actualité. Qui oserait dire, aujourd'hui, je sais, j'ai une certitude?»

Crépuscule. Les ombres s'allongent sur la villa des Colonnades. Un homme et une femme parlent, essaient de comprendre. Trop tard? Peut-être pas. La vie est ailleurs? L'amour est autre chose?... Passage au noir, applaudissements, lumières. On se relève, le fantôme d'une réponse aux lèvres. Marguerite Duras essuie ses épaisses lunettes de myope-qui-voit-tout. Oubliée, la réponse. C'était donc du théâtre? Frissons. La nuit tombe. Véra Baxter vous regarde. Vous ne l'oublierez pas de sitôt.



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Les femmes savantes de Molière

oct. 1981  Les femmes savantes de Molière

Mise en scène André Steiger

Yvette Théaraulaz joue Martine, produit par la Comédie de Genève et tourné au Théâtre National de Strasbourg du 24 au 29 novembre 1981.
Photo Katrin von Flotow

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Tartuffe de Molière

oct. 1981  Tartuffe de Molière

Mise en scène André Steiger

Yvette Théraulaz joue Dorine, mise en scène d'André Steiger, produit par la Comédie de Genève puis
tourné au Théâtre National de Strasbourg du 24 au 29 novembre 1981.
Photo Katrin von Flotow

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Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac

mars 1981  Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac

Mise en scène André Steiger

Yvette Théraulaz joue Thérèse, production du CDL présentée au Stadt-theater
de Berne début avril.
Photo Mario Del Curto

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AU MALHEUR DES DAMES De Michel Beretti

janv. 1980  AU MALHEUR DES DAMES De Michel Beretti

Mise en scène André Steiger

avec : Jacques Denis, Danielle Devillers, Jean-Louis Feuz, Jean-Pierre Malo, Martine Paschoud, Yvette Théraulaz
mise en scène : André Steiger
scénographie et costumes : Roland Deville et Serge Marzolff

T.ACT / Centre Dramatique de Lausanne – Théâtre de Vidy, 1980
Création le 15 janvier 1980 au Théâtre de Vidy, Lausanne

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« Le sacrifice des courtisanes » par Yves Laplace

(publié dans Construire le janv. 1980)

« On a beau dire, il n’y a pas de lieu plus compromettant qu’une bibliothèque »

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